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La
peur, de quoi s’agit-il ?
La
peur est une des quatre grandes émotions
de base que rencontre l’être humain
dans la vie. Les trois autres sont la joie, la tristesse
et la colère. Chacune d’elles a son
utilité.
La peur a cette fonction essentielle de nous alerter
d’un état de danger. Elle est d’abord
physiologique avant d’être psychologique.
Elle va nous permettre de prendre la fuite et de
nous protéger face à l’imminence
d’un danger ou encore nous indiquer que nous
ne sommes pas encore prêts à affronter
telle ou telle situation.
Celui qui se refuse à ressentir la peur se
prive d’antennes bien précieuses et
se mettra tôt ou tard en danger ! Elle nous
apprend à faire face à l’inconnu.
Petite ou grande, démesurée ou non,
aucune peur n’est ridicule. Chaque peur est
bonne à prendre, et surtout à accompagner,
à écouter, dans toute sa dimension
psychique.
Le temps de l’apprivoisement de la peur puis
de son dépassement ouvre les portes du courage
et de l’estime de soi.
Les
peurs les plus courantes chez l’enfant
Le
bébé de 8 – 10 mois est souvent confronté,
à cet âge, à la peur des visages étrangers,
non familiers. Il a besoin d’être accompagné
et rassuré par la parole sécurisante de ses proches pour
accepter le contact avec cette personne étrangère à
sa vie.
Avant cela déjà, le bébé est confronté
à diverses peurs liées aux changements soudains
d’atmosphère. Le stress, un bruit inhabituel et
sourd, la lumière soudaine dans la pièce, le fait de se
retrouver dans un nouvel environnement – la crèche par exemple
– sont autant facteurs déclencheurs de la peur chez le tout
jeune enfant. Il sursaute, hurle, panique. Il est fondamental de le reconnaître
dans sa peur, de lui dire : « je crois que tu as peur, tu t’es
saisi. En fait, j’ai laissé tomber une casserole par terre
dans la cuisine. »
Ne sous-estimons pas les peurs du bébé et cherchons à
chaque fois les mots qui le mèneront sur le chemin de la réassurance.
N’oublions pas non plus la puissance inestimable du contact affectif
avec l’enfant. Il lui offre bien souvent, le contenant dont il a
besoin, pour faire face et dépasser sa peur.
Pour
certains, la peur de s’endormir indique une difficulté
à lâcher le contrôle. La mise en place de petits rituels
d’endormissement permet à l’enfant de retrouver un
sentiment de sécurité intérieure. La qualité
de présence de l’adulte proche, ses paroles attentives, ses
touchers affectifs amèneront plus facilement l’enfant au
« lâcher prise salvateur ».
Les enfants sont tellement dans la soif de découvrir la vie qu’ils
ont parfois le sentiment que dormir c’est perdre son temps. Françoise
Dolto évoquait « l’angoisse de la petite mort ».
Expliquons à nos enfants que dormir permet de nous ressourcer pour
avoir l’énergie pour mieux jouer encore demain !
Les jeunes enfants de deux ans traversent des périodes
de cauchemars. Faites-le parler du film de son cauchemar ou encore
proposez-lui de le dessiner comme il s’est déroulé
dans sa tête, avec un début, un milieu et une fin. Partagez
ensuite par un échange verbal, les enjeux pour lui de ce cauchemar.
Pour les enfants à peine plus âgés, Françoise
Dolto prescrivait trois moyens à l’enfant pour s’apaiser
: une petite lampe à proximité pour reprendre contact avec
la réalité, un verre d’eau pour retrouver le contact
avec soi-même et un bloc de feuilles à dessiner et des crayons
afin d’évacuer de soi, la peur angoissante. Dans ma pratique
de psychothérapeute, je peux vous assurer que cette triple prescription
donne toujours autant de bons résultats !
La fonction du cauchemar est de nous permettre d’évacuer
les choses qui nous angoissent dans notre quotidien. Un cauchemar répétitif
voir des terreurs nocturnes indiquent qu’une peur n’a pas
encore été entendue dans toute son ampleur. Bien souvent,
elle traduisent un état d’insécurité affective.
De
nombreux enfants ont peur du noir. Une fois encore, il
convient d’entendre, d’accompagner et de respecter l’enfant
face à cette peur. Trouvons avec lui des stratégies qui
lui permettront de sentir quand même en sécurité :
une petite veilleuse, le rideau entrouvert, la lumière dans le
hall de nuit,…
Les
enfants et les adolescents aiment ressentir la peur. Comme s’ils
avaient besoin de jouer avec le côté excitant et vivant de
la peur, l’enfant va redemander une énième fois qu’on
lui raconte l’histoire de l’horrible sorcière et l’ado
va se regarder en boucle, les effrayantes aventures de l’inénarrable
Freddy. Au fond, quand ils sont accompagnés par l’adulte,
ces temps permettent d’expérimenter la peur et ses réactions
face à elles. Les contes et les films sont en quelques sortes d’excellents
laboratoires de nos peurs. Ils ont existé de tout temps et nous
préparent à nous défendre en temps utiles.
Les
10 conduites à éviter quand un enfant a peur ;
-
Nier. « C’est rien ». Cette réaction
nous l’utilisons à tour de bras quand un enfant tombe parce
que nous pensons ainsi le protéger de sa peur. Au contraire, reconnaissons-là
! « Tu as peur ? Tu t’es saisi ? Tu t’es fait mal ?
J’ai eu peur aussi d’ailleurs quand je t’ai vu tombé
! »
- Vouloir rassurer à tout prix. Cette attitude
revient également à nier l’émotion présente
pourtant chez l’enfant. « Les fantômes cela n’existent
pas ». Cela fait une belle jambe à l’enfant…
Ecoutons d’abord ce qu’il perçoit comme étant
les dangers potentiels pour lui, à rencontrer un fantôme,
ce qu’il imagine de cette rencontre imaginaire. Ensuite seulement,
rassurons-le.
- Minimiser. « Une grosse bête qui a peur
d’une toute petite ». Qui n’a jamais entendu cette réponse,
un jour dans sa vie ! Cherchons plutôt à comprendre ce que
représente cette petite bête pour l’enfant et ce qui
pourrait le rassurer.
- Humilier. « Bébé Cadum, poltron
! » Il n’y a rien de pire que de se sentir jugé ou
humilié quand on a peur. Cela crée à jamais des blessures
narcissiques et cela empêche le développement de l’estime
de soi.
- Surprotéger. « Tu vas tomber ».
Le risque est de surdimensionner la peur initiale de l’enfant ou
de transposer nos propres peurs d’adulte à l’enfant
et ainsi de l’empêcher d’évoluer face à
telle ou telle situation.
- Forcer. « Viens avec moi maintenant et tu verras
qu’il ne t’arrivera rien ! ». Ce type d’injonction
contraignante peut vraiment créer non seulement un sentiment de
panique chez l’enfant mais de surcroît, ne lui permettra en
rien de sentir grandir en lui, la fierté légitime d’avoir
dépasser sa peur par ses propres ressources intérieures.
Laissons à nos enfants, le temps nécessaire à l’apprivoisement
de leurs peurs. Et tant pis pour nos désirs urgents d’adulte
!
- Culpabiliser. « Tu vois à cause de toi,
on a pas pu aller sur les montagnes russes ! » ce type de message
amplifiera la peur de l’enfant et sera un frein à son dépassement
potentiel !
- Comparer. « Ta sœur, elle au moins, elle
ose ». L’un n’est pas l’autre. Comparer amène
celui qui a peur à se sentir inférieur à l’autre
et donc cela n’arrange rien du tout, au contraire !
- Préjuger. « Tu es trop petit pour y arriver
». Même si nous sommes là en tant qu’adulte pour
protéger l’enfant, donnons lui également, la possibilité
de s’auto évaluer face à sa capacité d’atteindre
tel ou tel objectif.
- Crier. « Attention ! » Voilà le
genre d’intervention qui peut créer un état de panique
chez l’enfant. Personne n’aime quand il conduit sa voiture,
entendre son passager hurler à ses côtés. Il en va
de même pour l’enfant.
Les 10 attitudes préconisées pour
aider l’enfant à surmonter sa peur ;
-
Le respect. Première recommandation : chaque peur mérite
un accueil respectueux. Il faut que l’enfant se sente le droit d’avoir
peur. Ce n’est pas mal, d’avoir peur.
- La présence affectueuse. Le contenant qu’apportera
celui qui écoute la peur permettra d’amener l’enfant
à un apaisement face à l’intensité débordante
de sa peur.
- L’écoute. Sans chercher à rassurer
à tout prix mais en favorisant la parole de l’enfant. N’oublions
jamais qu’une peur peut en cacher une autre, que l’angoisse
se déplace bien souvent sur un objet d’élection, au
point parfois de créer de véritables phobies.
- La reconnaissance empathique. Essayons d’aller
rejoindre l’enfant dans les méandres de sa peur. Aidons-le
en mettant les mots sur ce qu’il vit. Ce que Françoise Dolto
appelait : « mettre ses sous-titres à l’enfant ».
- L’expression de la peur sous toutes ses formes.
Donnons-lui les moyens d’exprimer ses peurs par différents
médias : le jeu, le dessin, la peinture, les marionnettes,…
- Les réponses rationnelles aux questions. Aidons
l’enfant à faire le tri par rapport à sa peur. Il
a probablement besoin des réponses rationnelles de ses parents
face à ce qu’il ignore de l’objet de sa peur.
- L’appel aux compétences intérieures de l’enfant.
Rien de tel que d’aider à l’enfant à trouver
en lui-même, les voies de guérison face à l’angoisse
que génère sa peur. L’élaboration de stratégies
qu’il aura découvertes à partir de ses propres ressources
créera les meilleurs remparts possibles !
- Le récit de nos propres expériences.
La narration de nos expériences d’adultes face aux peurs
peut bien sûr rassurer l’enfant, mais dans un second temps,
seulement après l’avoir inviter à trouver sa propre
voie.
- Le souvenir des peurs vaincues. Le rappel de comment
l’enfant a dépassé telle ou telle situation qui l’effrayait
par le passé, peut lui insuffler de la confiance pour faire face
à la nouvelle situation.
- La reconnaissance objective de ses propres limites.
Accepter que l’enfant ne soit pas prêt à surmonter
tel ou tel obstacle, c’est lui permettre de prendre conscience de
l’importance de respecter ses propres limites personnelles !
Par Dimitri Haikin, Psychologue & Psychothérapeute. Formateur
à Psychorelief.
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