Il
est très difficile à gérer. Les rares fois où les
émétophobes osent se lancer et expliquer leur trouble,
soit "on" leur dit qu'ils inventent leurs
maux, soit "on" les regarde de travers.
"On" nous catalogue donc soit en mythomanes,
soit en fous. Comment dire à l'Autre ce que nous ressentons
? Comment lui expliquer ce dont nous souffrons ? L'habitude
nous a montré que l'Autre en riait. Pour ne pas avoir
à subir les moqueries, nous préférons nous taire et
c'est une erreur.
Les phrases clef que l'Autre nous balance à la figure
:
-
"Vomir ? Bien-sûr , c'est désagréable pour tout
le monde, mais ce n'est rien !"
Oui merci bien, nous sommes au courant que "vomir
n'est rien". A la base, nous savons parfaitement
qu'il s'agit du fonctionnement de l'organisme et que
le vomissement est une chose naturelle. Nous le savons
! Mais nous ne l'acceptons pas, c'est une nuance à
souligner. Vomir est pire que tout, pire que la mort.
C'est comme ça, même si cela peut paraître stupide
et complètement irréel.
-
"Vomir ? C'est pas la mort !"
Non, "vomir, c'est pas la mort", c'est bien
pire ...
-
"Quand on veut s'en sortir, on peut ! Tout est
question de volonté"
Voilà une des phrases les plus inutiles que les Autres
peuvent nous sortir lorsqu'on parle de Phobie. Avec
une phobie, désolée de vous l'apprendre, "quand
on veut, on ne peut pas forcément !" ; il nous
faut une aide extérieure pour minimiser nos angoisses,
nous rassurer et nous préparer à les affronter petit
à petit, le but étant de réussir à les gérer en solo.
-
"Mais tu n'as mal nulle part, arrête de faire
semblant"
Non bien sûr, l'émétophobie n'est pas une douleur
en elle-même. C'est une souffrance permanente qui
entraîne des angoisses, donc des symptômes, donc parfois
des douleurs. Cela ne nous plaît pas de souffrir.
Nous ne faisons pas semblant. Faire semblant d'être
malade, nous n'avons pas que ça à faire, nous avons
déjà beaucoup trop de choses à tenter de maîtriser
comme ça.
- " Il faut manger plus,
tu es trop maigre"
Ah ... comme ce serait plaisant de pouvoir manger
de tout sans se poser de questions, sans être tiraillé
entre la faim et la peur de vomir. Comme ce serait
agréable de ne pas avoir cette petite voix dans la
tête qui chante ses lois en permanence.
Cependant, je ne me permets pas de jeter la pierre
aux Autres ... Ils ne vivent pas ce que nous vivons
au quotidien, ils ne connaissent pas ces angoisses
permanentes dont nous sommes victimes, ils n'ont aucune
idée des effets néfastes qu'elles ont sur nous. Cette
phobie créé des lois ... des espèces de théorèmes
et nous sommes dans l'obligation d'y obéir sous peine
de replonger dans une crise encore plus forte.
Exemples de lois : Ne pas manger trop riche, ne pas
manger le soir, ne pas sortir pendant la période de
gastro-entérite, ne pas dîner dehors , vérifier systématiquement
les dates limites de consommation des aliments, ne
pas se coucher sans avoir avalé son "médicament-objet"
( à effet rassurant ) ...
Il y en a des centaines ... et tous ces petits riens
nous interdisent toute vie sociale.