Voilà
LE grand problème. Le contrôle. Les émétophobes pensent
pouvoir contrôler tout ce qui doit rentrer et sortir
de leur corps. Nous n'acceptons pas qu'il en soit
autrement.
Nous nous persuadons qu'en usant de stratagèmes divers,
nous ne vomirons jamais. Nous refusons de vomir. Plutôt
mourir.
Se priver de nourriture et éviter le monde grouillant
de virus, voilà qui nous permet de " vivre"
sans paniquer sans arrêt. Pourtant .... peut-on vivre
reclus et sans manger ? Non ... et les angoisses apparaissent
dès que quelqu'un nous parle de gastro, d'intoxication
alimentaire, ou dès que nous avalons trop de nourriture.
En période de gastro-entérite, nous sommes tétanisés.
Sortir de chez nous est une épreuve terrible. Nous
nous demandons perpétuellement si nous allons l'attraper.
Les fêtes de noël, le nouvel an ... nous n'en profitons
pas vraiment. Nous évitons les gens comme s'ils avaient
la peste. Nous mangeons peu.
Lorsque nous sommes malgré nous en contact, même lointain,
avec une personne malade, nous avons si peur que les
crises d'angoisse prennent une ampleur terrible. Nous
développons psychologiquement tous les symptômes du
malade et nous nous persuadons que nous avons attrapé
son virus.
Certains émétophobes deviennent hypocondriaques ;
lorsque ils ont une petite douleur quelque part, ils
extrapôlent sur une maladie grave et angoissent deux
fois plus. Nous nous fixons sur notre corps
et toutes les sensations insolites, nous en grossissons
la signification et l'angoisse nous conduit à répéter
les demandes d'avis et de soins.
Certains deviennent anorexiques ... la peur de vomir
devient telle qu'ils refusent d'avaler quoi que ce
soit. Une perte de poids survient donc avec tous les
problèmes sous-jascents ( aménorrhée chez les femmes,
perte de cheveux, chute de tension, constipation ...).
Dans la rue, on se retourne sur nous. On nous traite
de maigres ... sachez juste que le but n'est pas forcément
de maigrir ( sauf dans le cas de l'anorexie mentale).
Notre but est de ne pas vomir, c'est bien différent.
Le poids, quand on souffre de façon quotidienne, n'est
pas important. Nous voudrions prendre du poids et
être en pleine forme. Mais rien ne peut passer dans
l'estomac. Nous avons un trouble des conduites alimentaires
sur le plan quantitatif et sur le plan qualitatif.
Au cours d'une année, le poids peut varier ; quand
nous sommes moins angoissés, nous arrivons à manger
presque convenablement ; quand ça va moins bien, le
poids redescend.
Tout est question de contrôle. Lorsque nous n'avons
pas d'alternative, nous paniquons.