Jeudi
18 novembre 2004 à 11H
Cet après-midi se déroulera le tournage
d'une prochaine émission Ca Se Discute sur les
troubles alimentaires. J'y témoignerai en tant
qu'émétophobe. Il reste une petite heure
avant que je parte et je vous avoue que je suis en panique
totale : témoigner pour moi, c'est accepter. Et
j'ai beaucoup de mal a accepter ce que je suis, ce que
je représente avec cette saloperie d'émétophobie.
Personne
à part ma famille et mes proches n'est au courant.
Plusieurs fois j'ai coupé court à des relations
amicales car je ne voulais pas en parler, je refusais
sans cesse les invitations à " une bonne bouffe
", ect ...
J'ai
mal.
J'espère
témoigner aussi en votre nom, et dire l'essentiel,
sans oublier de parler de ce site web afin que d'autres
personnes possédant ce mal puissent nous rejoindre,
qu'elles se sentent moins seules.
Je
serai forte et courageuse pour vous. Pour que les autres
puissent peut-être comprendre mais surtout écouter
et ne pas tourner le dos.
Je
vous en dirai plus ce soir, quand je vais rentrer ( sur
les rotules, sans doute ).
Vendredi
19 novembre 2004 à 13H
Cet
après-midi, l'enregistrement s'est relativement
bien passé.
J'ai témoigné donc en tant qu'émétophobe
mais j'avoue être un peu restée sur ma faim
car nous en avons très peu parlé en fait.
J'ai raconté les principaux traits de ma vie, sans
plus de détails. Comment ça a commencé
? Pourquoi ? Comment j'ai été traitée
médicalement ? Est-ce que cela dérange ma
vie de couple ? Qu'est ce que je mange ?
Traitant
des désordres alimentaires, l'émission était
très axée sur l'anorexie / boulimie ainsi
que les maladies génétiques qui empêchent
certaines personnes de se nourrir comme elles le souhaiteraient.
Les
témoignages étaient poignants, j'étais
très émue. Malgré qu'une des journaliste,
m'a avoué ensuite, qu'elle m'a trouvé d'un
calme olympien lors de mon témoignage, se demandant
comment j'avais pu me contrôler autant ( elle m'avait
vu avant dans la loge, stressée comme jamais, reniflant
de l'essence d'eucalyptus d'une main, avec mon coca-cola
dans l'autre main ).
J'ai
été surtout enchantée de " l'après-émission
". Toutes les personnes qui témoignaient ainsi
que leurs proches se sont réunis et nous avons
tous parlé à cœur ouvert. Nous racontant
nos petits tracas quotidiens, en pleurant et en rigolant.
Nous avons échangé nos numéros de
téléphone et nos adresses e-mails. Beaucoup
de ces personnes vivent comme moi aujourd'hui : en marge
totale de la société, sans travail, sans
avoir la force de sortir, de rencontrer des gens, de s'épanouir
dans la vie sociale, ayant trop peur du regard des autres,
du monde extérieur.
Cela
nous a tous apporté de la force afin de retourner
dans sa vie quotidienne, affronter nos peurs & angoisses,
nos rituels & manies.
L'émission
sera diffusée le mercredi 8 décembre 2004.
J'ai
beaucoup pensé à vous. J'espère que
cela pourra aider des personnes qui se reconnaissent dans
mon témoignage, afin qu'elles nous rejoignent ici
et que nous partagions ensemble nos maux.
Pour
moi, c'est un pas vers l'acceptation de la maladie.
Récit
de ma première fois de vomi :
Ce
mot que j’ai banni peut-être pour la vie,
ou non, je n’en connais pas la fin, juste le début
: le dimanche 11 décembre 1991. C’était
il y a longtemps, maintenant, malgré que mon esprit
en subisse les conséquences encore aujourd’hui.
Une journée comme une autre, j’avais 11 ans,
un visage rond comme un ballon, un sourire constant, des
passions à revendre, une mère maternelle,
un père renfermée, un frère câlin,
une grand-mère comme ma deuxième mère.
Nous étions convié du côté
du père,nous avions passé une soirée
mouvementée à cause d’une de mes cousines,
violente à souhait, qui me frappa avec un plateau
en plastique. Acte malheureusement commun puisque chaque
réunion familiale se terminait ainsi. Je pleurais,
tout le monde décidait de mettre un terme à
cette petite fête en rentrant sagement chacun chez
soi.
Enfin,
à la maison, en pyjama, prête à s’endormir,
à rejoindre Morphée et ses anges, je n’aspirais
plus qu’à cela. Malgré que le sommeil
se mit longtemps à venir. J’entendais mon
père ronfler, je voyais un filet de lumière
sous ma porte, ce qui signifiait que ma mère ne
dormait pas, toujours le nez dans ses livres. Je décidais
donc de me lever, rejoindre ma moitié pour se plaindre
de mon mal-être.
-
Oh mais tu ne dors toujours pas ?
-
Non, maman je me sens bizarre
-
Oui, je vois ça, tu es toute blanche. Je vais te
chercher un cachet.
Dans
l’encadrement de la cuisine, j’attendais que
la pastille effervescente se dissolve dans le verre que
ma mère détenait entre ses mains. Elle me
regardait, je le voyais, un peu paniquée. Je criais
« vite, allez vite », mes pieds tapaient sur
le sol à tâtons. Apeurée de cette
sensation auparavant inconnue, j’ai dû penser
à quelque chose de terrible, j’allais peut-être
mourir. A la place de m’effondrer, de ne plus respirer,
mon corps tout à coup rejeta mon malaise par la
voie buccale. Continuant à me vider, je courrais
aux toilettes, sans savoir pourquoi j’avais eu cette
réaction première, n’ayant jamais
été malade de ma vie, n’ayant aucuns
souvenirs de personnes malades autour de moi se ruant
dans les chiottes déversées leurs saloperies.
Ma mère était derrière moi, elle
me rassurait, me tenait la main, je fermais les yeux très
fort. Je suis retournée dans mon lit, me suis relevée
précipitamment pour encore pleurer de la bouche.
Heure après heure, cette nuit fût la plus
longue que je n’ai jamais vécu. Et dès
le lendemain matin, je décrétais sans hésitation,
avec la certitude de mes 11 ans, non, je ne mangerais
pas, je ne veux pas vomir.
C’est
à ce moment là que j'ai dégueulé
ma joie de vivre et ma liberté qui se sont perdus
dans les méandres de la tuyauterie.
Cerise