Je
dirai que mon impression reste un peu mitigée
sur cette expérience. Bien entendu, c'est une
bonne expérience : non seulement j'ai découvert
un monde que je ne connaissais pas ( les caméras,
les micros, le compte à rebours... ), et je suis
heureuse d'avoir pu amener un témoignage de plus
sur l'émétophobie, mais en même
temps j'en suis restée avec l'impression de ne
pas avoir pu en dire beaucoup. Non seulement parce que
l'émission ne durait qu'une heure, mais aussi
parce que la phobie est un sujet vaste et interminable
...
Ceci dit, je ne regrette rien.
On m'a proposé de faire cette émission
pendant une période où j'allais très
mal. Aujourd'hui je suis presque guérie, mais
à l'époque, je faisais environ deux crises
d'angoisse par jour. La journaliste qui m'a contactée
après avoir discuté avec Vahina est également
émétophobe. Cependant, par professionnalisme,
elle ne pouvait pas témoigner à sa propre
émission. Je me sentais donc déjà
plus à l'aise car je savais qu'elle ne faisait
pas ça par moquerie, ni voyeurisme, mais réellement
pour faire connaitre aux autres cette phobie qui est
répandue mais qu'on connait si peu. Je n'avais
pas du tout peur d'aller témoigner, car cela
fait longtemps que je parle de ma phobie aux autres,
et de plus, l'émission étant diffusée
sur le câble, cela allait toucher moins de monde
... La seule chose qui m'inquiétait était
le trajet en train, qui était à l'époque
une situation très angoissante pour moi.
Après avoir sauté le petit déjeuner,
pris deux anxiolytiques et être allée prendre
un peu de courage chez mon psy, je prends le train un
lundi matin pour Paris. Heureusement, le trajet se passe
sans angoisse, et Amandine, amie et collègue
de phobie, vient me chercher à la gare St Lazare.
Je suis plutôt détendue, non seulement
grâce aux médicaments mais aussi par mes
7 ans de théâtre qui m'ont enlevé
ma timidité.
J'arrive à la Maison de la Radio, et là
je commence à être impressionnée.
Des gardiens à l'entrée, des hôtesses
d'accueil, puis j'arrive dans un salon avec plein de
monde en train de regarder un écran géant
diffusant une retransmission d'un Trait d'Union qu'ils
sont en train d'enregistrer à l'étage
en dessous avec Laurent Baffie sur les animaux. Je m'installe
avec Amandine, fume cigarette sur cigarette pendant
que la tension monte. Leslie, la journaliste, vient
vers moi, et cette rencontre me confirme la gentillesse
que j'avais déjà pu constater au téléphone.
Elle me fait un briefing, et la je commence à
avoir peur : comment pourrai-je dire tout ca ?! Aurai-je
le temps ? Je n'oublierai rien ? Je veux vraiment bien
représenter les émétophobes et
j'ai peur de faillir à ma mission.
On m'emmène à la loge, et là je
rencontre les deux autres témoins : Delphine
a l'air énormément stressée ( ce
qui est parfaitement logique pour une phobique sociale
me direz-vous ! ), et Bénédicte semble
détendue et adorable.
On me maquille, me coiffe, et Patrick Sabatier vient
à ma rencontre ( ce qui m'a valu un fou rire
retenu tant j'avais l'impression d'avoir un guignol
de l'info devant moi lol ) puis tout s'agite. Un régisseur
vient me chercher, on est en retard, ça va commencer.
On m'installe le micro, et je m'assois. Le plateau est
grand, sans public, cerné de caméras.
Je n'ose bouger sur mon siège, car j'ai l'impression
que les caméras scrutent le moindre de mes mouvements.
Leslie vient me voir et me met la pression " je
compte sur toi, ton témoignage veut dire beaucoup
pour moi " et hop, ca commence!
En résumé, tout s'est bien passé,
à part une pensée négative au début
: " oh mon dieu, j'ai laissé mon Motilium
dans les loges ! ". Puis prise dans l'ambiance,
j'oublie tout, ma peur, et commence à me décontracter.
L'émission est tournée en une fois, donc
pas le droit à l'erreur. Dans l'ensemble, je
n'ai pas pu tout dire, mais j'ai du moins réussi
à insister sur deux éléments importants
: nous ne sommes pas anorexiques mentaux et l'émétophobie
est réellement handicapante, car nous n'avons
pas peur que lors d'une confrontation ( quand nous sommes
réellement malades ), mais nous anticipons. Bien
entendu, une heure pour 3 témoignages et une
promotion de film, ca fait peu. Mais les retombées
semblent avoir été bonnes : Amandine,
restée dans le salon, m'a raconté que
j'avais fait bonne impression, que les autres étaient
surpris par l'étendue de la phobie. Leslie aussi
a été heureuse, ainsi que Patrick Sabatier.
Pour l'émission, je vous laisse aller voir le
lien où vous pouvez trouver des extraits : http://www.1fo.be/union.php
Mon père a vu l'émission, mais je suis
un peu décue, car il n'a pas réellement
écouté ce que je disais, or, j'espèrais
qu'avec ça il comprendrait mieux. Lui s'est plutôt
focalisé sur le fait que sa petite fille chérie
passe bien à l'écran ...
Je sais que beaucoup de phobiques ont regardé
l'émission, car même aujourd'hui, quand
je vais dans une association, on me dit " c'est
toi qui est passée à la télé
? "
Je sais que certains sont contre les émissions
télés : " Ils ne cherchent qu'à
faire de l'audimat " ... Cependant il faut savoir
qu'avant d'accepter, j'ai bien entendu beaucoup discuté
avec la journaliste, pour mieux voir quelles étaient
ses intentions ... Et puis dans la mesure où
elle souffre de la même phobie, il n'y avait aucune
crainte à avoir ! Et si l'on fait attention à
ne pas tomber dans des émissions débiles
du style " C'est mon choix ", où il
s'agit plus de moqueries que de réelles informations,
c'est plutôt intéressant : grâce
aux émissions, de nombreuses personnes sortent
de l'ombre, comme nous. Et comme dirait Vahina : bien
entendu il faut de l'audimat, après tout, c'est
leur boulot ! Après la différence se fait
sur le respect que les journalistes nous portent, pas
comme certains qui nous prennent pour des bêtes
de foire ...
Tiph'