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Bonjour à tous ceux qui me liront.

Je m’appelle Vahina et je souffre d’émétophobie depuis l’âge de 11 ans, bien que cela se soit accentué au cours de cette dernière année.

Mes parents s’aiment comme au premier jour, et je suis l’aînée de deux sœurs. L’une a 4 ans de différence avec moi ( Elodie), l’autre en a 10 ( Héloïse).

Je pense savoir d’où vient ce mal qui me ronge.

A l’âge de 10 ans, j’ai suivi ma famille à l’étranger. Nous avons vécu en location en attendant de faire construire notre maison. Je n’avais pas encore cette peur atroce de vomir, j’étais donc heureuse et insouciante.

A l’âge de 11 ans, nous avons emménagé dans ce qui devait être « la maison familiale » et là, comble de l’horreur, j’apprends que, pour notre « future indépendance », ma sœur Elodie et moi allions vivre dans une habitation séparée, mais sur le même terrain.

Mes parents avaient fait construire deux habitations sur un seul terrain. L’une des deux étaient la leur et celle de ma petite sœur qui avait à l’époque 1 an a peine, l’autre était pour nous.

Nous disposions de deux chambres immenses, dotées de tout le confort nécessaire, et d’une gigantesque salle de bain. Pour les repas, nous allions chez mes parents.

Dès la première nuit, j’ai senti que quelque chose clochait. Je n’osais pas éteindre la lumière et Elodie et moi ne fermions pas la porte de nos chambres, pour pouvoir parler. Il fallait parler assez fort pour s’entendre.

J’ai fini par m’endormir ( avec la lumière) …. Pour me réveiller 2 heures après, en sueur et en proie a des nausées monstrueuses. J’avais 11 ans et je ne savais pas encore ce que cela signifiait.

Si je me souviens bien, ces crises de panique m’ont poursuivi toutes les nuits pendant sept longues années, jusqu’à ce que toute la famille revienne en France et que je vive sous leur toit de nouveau.

Tous les soirs, c’était le même cirque. J’avais peur d’aller dans ma chambre, j’avais peur qu’il fasse nuit, je ne voulais pas aller me coucher. J’angoissais à l’idée de me réveiller et d’avoir encore ces nausées … ce qui ne loupait jamais.

Une nuit où je venais juste de m’endormir, ma sœur Elodie est venue me réveiller en pleurant. Elle se plaignait d’avoir très mal au ventre et très envie de vomir. Ne sachant que faire, je lui ai dit de retourner s’allonger et je suis sortie, j’ai traversé le jardin ( il faisait noir comme dans un four) et je suis allée chercher ma mère dans « l’autre maison ».

Cet épisode a l’air assez anodin mais j’étais terrorisée. Je me demandais si Elodie souffrait des mêmes crises que moi. Puis il y avait ce jardin a traverser en pleine nuit ( avec les ombres, je vous laisse imaginer ce qu’une enfant de 11 ans peut voir), il fallait que je trouve la bonne clef pour entrer et surtout, que je ne fasse aucun bruit pour ne pas réveiller mon père ( il avait horreur de ça) et ma petite sœur.
J’allais réveiller ma mère en chuchotant je lui disais qu’Elodie n’était pas bien. Elle me suivait dans le jardin et on partait vers nos chambres.

Pendant ce temps, Elodie avait été malade … elle avait sali sa chambre entière, sans parler de la salle de bain.

Ma mère a nettoyé et l’a emmené dormir dans leur maison. J’avais très peur qu’il ne m’arrive la même chose. Elodie avait eu l’air de souffrir énormément.

Elle a été malade toutes les nuits pendant plus de deux ans. Selon les médecins, elle souffrait de crise d’acétone et ne pouvait pas manger certaines choses.

Toutes les nuits, elle était malade, elle se mettait à pleurer et toutes les nuits, il fallait que j’aille chercher ma mère dans le noir. Parfois, elle restait dormir avec eux, mais le canapé n’était pas très confortable et ma mère disait qu’elle était mieux dans son lit.

Elodie a fini par guérir de ces crises affreuses. Elles se sont calmées d’un coup, sans prévenir.

Entre temps, je faisais toujours mes crises de panique ( sueurs et nausées) la nuit mais je n’avais encore jamais vomi.

Jusqu’au jour où ( il faut bien que ça arrive), j’ai fait une intoxication alimentaire. Je ne remange d’ailleurs plus du tout de l’aliment en question depuis ce jour là.

Je suis arrivée du collège un midi, j’ai déjeuné et comme je n’avais pas cours l’après-midi, je suis restée chez moi. Je me suis sentie « barbouillée » tout le reste de la journée. Je n’étais pas bien mais je ne savais pas pourquoi. Le soir venu, je me suis couchée comme d’habitude et une heure après m’être endormie, je me suis réveillée malade comme un chien. Ca a duré toute la nuit. Aussi loin que je m’en souvienne, c’est la première et dernière fois que j’ai vomi. Mais j’ai vraiment cru mourir. J’avais très mal, je me sentais vraiment malade et ça n’allait pas mieux tout au long de la nuit … bien au contraire.

Je crois que je suis traumatisée par tout ce que je viens de vous raconter :

- les crises d’angoisse la nuit
- les crises d’acétone de ma sœur toutes les nuits
- l’intoxication alimentaire

Tout cela a fait que je suis émétophobe. J’en suis sûre.

Je n’en avais jamais parlé à personne. Je n’osais pas. J’avais honte et je me disais que les autres allaient en rire. Genre : « tu as peur de vomir ? mais c’est rien de vomir ! »

Oui, je sais que c’est ridicule, que ce n’est rien pour les autres … mais pas pour moi. J’aurais aimé échanger mon émétophobie contre une phobie plus courante et plus connue ( genre les ascenseurs et les araignées). Pourquoi ? parce que je me dis que les araignées ne touchent pas notre quotidien, les ascenseurs non plus. Même si un immeuble a 40 étages, il est toujours possible de les monter à pieds. Avec l’émétophobie, il n’y a aucune alternative possible, sauf ne pas avoir de vie sociale ! On ne peut pas contourner la chose.

Peut-on se priver de manger ? Peut-on se priver d’aller dans tous les lieux publics de peur d’attraper un virus ? c’est tout de même difficile à concevoir.

A force de garder ça pour moi, ou peut-être de peur de vomir, je suis devenue anorexique à l’âge de 17 ans. Je ne mangeais qu’une pomme par jour, rien de plus. Au lycée ( j’étais en terminale), je mentais en disant que je mangeais trop chez moi. Et inversement, chez moi, je disais que j’avais trop mangé de cochonneries au lycée. Forcément j’ai énormément maigri. Mes parents ont fini par comprendre ce qui se passait. Je ne me faisais jamais vomir ( plutôt mourir !) , je préférais ne rien manger du tout. Je me suis sortie de là au bout de 4 ans.

Ma mère réintroduisait de la nourriture petit à petit dans ma vie quotidienne. Je me rappelle d’une assiette qui m’avait fait rire. Elle m’avait préparé un plat « spécial pour moi » ( il fallait bien que je sois attirée par les aliments à nouveau). Il s’agissait d’une tomate ( la tête du bonhomme) avec deux grains de maïs ( les yeux), un radis ( le nez), une tranche de concombre ( la bouche) et de la salade coupée ( les cheveux). Une semaine après, elle me faisait une tomate « surprise » avec à l’intérieur, un peu de thon.

A l’âge de 21 ans, j’ai enfin été débarrassée de cette anorexie.

Entre temps, je suis revenue en France avec ma famille, pour ma première année de Fac. Je ne pensais plus tellement à mes crises d’angoisse. Je vivais chez mes parents, sous le même toit et tout allait bien. J’ai réussi mes examens, je sortais avec des amis et ma peur de vomir ne faisait pas partie intégrante de ma vie. Bien sur, quand je sentais que j’avais trop mangé, je me sentais un peu barbouillée et il m’arrivait d’ y penser ces rares fois. Mais ce n’était pas comme maintenant.

J’ai réussi mes études à l’université, je vis avec mon fiancé et je pourrais être heureuse si je ne subissais pas « CA ».

Depuis le 28 août 2001, je suis malade. J’ai attrapé une simple infection urinaire ( je ne bois pas assez) et on m’a soigné aux antibiotiques. Comme les antibiotiques me rendaient plus malade qu’autre chose, on m’en a changé 4 fois. Et a chaque fois, j’avais d’affreuses nausées ( comme si je faisais une intolérance à ces substances). L’infection urinaire a disparu mais les nausées ont persisté. Je suis allée voir des médecins, on m’a fait prendre pas mal de traitements pour la digestion, on m’a donné des anti-nauséeux et des anti-vomitifs ( vogalène, motilium, primpéran …) mais aucun résultat. J’ai vu un homéopathe qui m’a donné pas mal de granules à prendre dont l’ ipeca, mais aucun résultat non plus.

Finalement, on m’a fait subir des tas d’examens ( scanner abdominal, cérébral, échographie, gastroscopie …) et on a découvert une lithiase ( un calcul) de 1,6cm dans ma vésicule biliaire. On m’a opéré, enlevé carrément la vésicule biliaire par coelioscopie et on m’a dit que tout rentrerait dans l’ordre au bout de 15 jours.

J’ai été opérée le 24 novembre 2001, soit 4 jours avant mon anniversaire … Mais les nausées ne sont pas parties. Et comme j’ai peur de vomir, ça n'a fait rien pour arranger les choses.

J’ai du être hospitalisée à plusieurs reprises pour me faire perfuser. Il y a eu 3 semaines où je n’ai rien pu avaler du tout ( même pas une goutte d’eau) ; ce n’était pas de l’anorexie. J’avais des nausées atroces 24/24h. Je ne dormais plus du tout.
On m’a refait une gastroscopie et le professeur qui me suit m’a dit que j’avais des remontées de bile dans l’estomac et que les nausées venaient de là. J’ai vu en même temps un psychiatre qui, voyant que je n’avais plus goût à la vie, m’a donné des anti-dépresseurs pour une période de 3 mois. Je les ai pris. J’ai suivi un traitement pour la bile mais il n’y a pas eu grande amélioration, malgré toutes les promesses que me faisaient les spécialistes.

Aujourd'hui, je ne suis pas encore remise. J'ai encore des nausées réelles, dues aux remontées de bile ; a chaque fois bien entendu, je panique complètement et des nausées psychologiques apparaissent ; parfois, je mets des heures à m'en débarrasser, mais parfois, ça se compte en jours.

J'ai tellement peur de vomir que je contrôle tout autour de moi. Je vérifie systématiquement les dates de péremption des aliments, je ne mange pas de fruits de mer, ni de poissons, je mange de la viande à peu près une fois par mois, j'évite les oeufs, je ne mange jamais de mayonnaise, bref, ce n'est pas la joie.

Je refuse de dormir chez les gens sauf s'il s'agit de ma famille. Je vis avec mon fiancé qui arrive à supporter de ne pas voir sa famille ... parce que sa famille habite à 800 Km de chez nous et que si on se déplace, il faudra obligatoirement manger chez eux, voire même dormir. Et je ne peux pas ... Ce n'est pas de la mauvaise volonté, c'est un blocage.

Je ne travaille pas, je sors très peu ( et quand je sors, c’est pour mon fiancé, je me force), je ne fais aucun repas entre amis ou en famille, je ne supporte pas les odeurs de cuisine en dehors des repas ...

Je ne prends pas l'avion, ni le bateau, ni le train ( TGV inclus), j'accepte de monter dans une voiture uniquement si c'est moi qui conduit, je refuse que quelqu'un lise lorsqu'il est dans la même voiture que moi ...

J'ai fait des associations. Toutes ces choses là, je les ai assimilées a vomir. Ce sont des lois, des théorèmes que ma phobie a construit pour fuir ce qui lui fait peur.

J'ai vu un psychiatre pour essayer d’enrayer tout ça. Il m'a parlé de la déplacer sur autre chose mais ça n’a pas marché. Il m'a dit que l’émétophobie est une peur d’avancer, un besoin de stagner et un manque de confiance en la vie.

En attendant, j’aimerais que les médecins me soignent mes nausées ( puisque ça viendrait selon eux, de remontées de bile dues à l’absence de vésicule biliaire) et j’aimerais que l’on m’aide a dépasser ma peur de vomir …

J’ai 26 ans et demi et j’aimerais avoir un enfant. J’ai pourtant peur d’être enceinte ( il paraît que les femmes enceintes sont malades et je n’arrête pas d’y penser). J’ai peur de ne pas pouvoir être capable de faire à manger à mon enfant ( les odeurs de cuisine) et j’ai très peur qu’il soit malade un jour. (s’il vomit, je ne pourrai pas m’en occuper parce que non seulement j’ai peur de vomir, mais je ne veux pas voir quelqu’un vomir).  Je ne veux pas être une mauvaise mère et avoir un enfant uniquement pour m'en occuper quand je vais bien. Certains me disent qu'une fois maman, ma phobie disparaîtra peut-être. Je ne le pense pas ... pour tout dire, j'en mettrai même ma tête a couper. Ca empirera et je créerai d'autres lois stupides qui me bousilleront davantage la vie.

J'ai peur de regarder certains films parce que souvent, on nous montre des scènes de vomissements.

Je ne suis pas sortie du tout en décembre / janvier parce que c’est la période de la gastro-entérite et je ne veux pas l’attraper. J’ai angoissé quand mon fiancé devait partir travailler à cette époque là. Je lui demandais tous les soirs s’il n’avait pas attrapé la « gastro » et s’il se sentait bien. J’ai excessivement peur d’être en contact avec quelqu’un qui vomit ou qui a vomi. Si cela arrive, je me mets à détester la personne parce que je crains les virus qu'elle peut m'apporter ... et évidemment, je la fuis pendant longtemps.

J'Aime profondément mon fiancé mais je sais parfaitement que s'il vomit, ou s'il chope une gastro, j'irai habiter chez ma grand-mère pendant au moins un mois. Je veux être sûre qu'il soit guéri quand je rentre. Il peut tout attraper, je le soignerai, mais pas s'il s'agit de nausées ou de vomissements. Cette phobie est monstrueusement égoïste.

Pour éviter de vomir, je me gave de bonbons à la menthe. La fraicheur du bonbon me soulage, ou tout du moins, soulage mon esprit ! C'est mon "objet rassurant " à moi. Je les amène de partout, surtout quand je dois sortir. Mon sac en est rempli. Dès que mon fiancé et moi devons sortir, dès que je mets un pied hors de notre appartement, des nausées psychologiques apparaissent et j'en avale au moins une quinzaine. J'en mets même une trentaine sur ma table de nuit, avant de me coucher, pour être sûre que s'il m'arrive quelque chose ( nausées ou crise d'angoisse), je pourrai les atteindre directement.

Il y a quelques mois, je voulais me jeter d'un pont pour arrêter de tout calculer comme ça, arrêter de penser sans arrêt à "comment éviter de vomir" ... puis sur Internet, j'ai vu le forum du site de "ça se discute" sur les peurs & phobies ; je me suis sentie soulagée de voir que je n'étais pas la seule sur Terre à vivre cet enfer. Mon fiancé m'a conseillé d'en parler avec d'autres émétophobes, ce que j'ai fait.

J'ai ensuite construit un premier site sur l'émétophobie, puis une mailing list réservée aux émétophobes ( groupe de discussion via mails communs) ; Cela m'a été bénéfique puisque j'ai appris que la meilleure thérapie pour mon cas était la Thérapie Cognitivo-Comportementale associée à la sophrologie.

J’espère que je guérirai de ce mal, et j’espère que d’autres personnes pourront s'en sortir en discutant avec nous sur le groupe.

En tout cas, sachez que vous n’êtes pas seuls à souffrir de l’émétophobie, nous sommes nombreux mais personne n’en parle. En parler ne veut peut-être pas dire guérir, mais c’est déjà un premier pas vers la guérison.

Merci de m’avoir lue jusqu’au bout et peut-être à bientôt pour certains d’entre vous.


Me revoilà ... Je vais continuer à écrire quelques lignes, même si on me connaît à travers le forum, je suis mariée depuis le 28 août 2004, mais ... La grande nouvelle est que je suis tombée enceinte en juillet 2003 et que le 06 avril 2004, notre petit Anton est né. La grossesse s'est merveilleusement bien passée, j'ai eu quelques barbouillages ici et là le 2ème mois mais en grignottant, ça finissait par passer. Et puis ensuite, j'ai eu une faim de loup et mes soucis digestifs ont disparu comme par enchantement. Ils sont revenus après l'accouchement mais en moins pires qu'avant. La grossesse ... Quelle période magique et merveilleuse ! Quand je pense que stupidement, je la craignais !! Cette phobie est vraiment d'une débilité à toute épreuve ... Je signe de suite pour une deuxième grossesse ! Mais on va attendre un peu, on va se consacrer à notre petit bonhomme pour le moment, nous verrons un petit peu plus tard.

Côté phobie, j'ai commencé une TCC au mois de septembre 2004 là. Je suis tombée sur LE psychiatre qu'il me fallait. Ca faisait quand même 3 ans et demi que j'attendais un rendez vous avec lui. Les psys TCC sont débordés, pour certains. Mais je vous jure que ça vaut le coup d'attendre. Je commence à revivre, je sors malgré les épidémies habituelles de gastro entérites qu'on rencontre en hiver, je mange à chaque repas sans appréhension ... Il me reste quand même des TIC du style la vérification systématique des dates de péremption. Et je mange pas mal de bonbons menthe encore. Mais petit à petit, ça va s'estomper. Il ne faut pas perdre espoir, je suis certaine que j'arriverai à revivre normalement très bientôt. Il ne suffit pas de le vouloir, certes, mais il suffit de se faire à cette idée, d'accepter de se faire aider et surtout, d'accepter de laisser notre volonté de côté pour laisser place à notre courage, qui est quelque part au fond de nous. En cherchant bien, on le trouve. Et ce courage nous permet d'affronter certaines situations, sans fuir, sans éviter, sans partir en courant à la moindre alerte.

On peut vivre sans cette phobie, c'est certain. La volonté, j'en ai ( trop même, et ça me dessert ), ce qu'il faut que je multiplie encore et encore, ce sont des actes courageux.

A bientôt !

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