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Le
grand tournant
Le témoignage de Christine résume à lui seul le grand
tournant qu’ont pris les consommateurs de santé que nous
sommes : nous voulons être traités avec « soin »,
nous voulons être respectés, écoutés, et si
nous prenons aujourd’hui en compte l’offre de ces médecines
« différentes » (20 % d’entre nous y ont recours
régulièrement et 60 % y ont fait appel au moins une fois),
c’est qu’elles correspondent à cette attente.
Depuis
quelques années, nous sommes nombreux à pointer
un doigt accusateur sur la médecine officielle, qui ne
cesse d’être de plus en plus technique, standardisée,
négligeant les patients en ville dans des consultations express
ou les infantilisant dans des hôpitaux tentaculaires. Médicaments
à profusions, imageries médicales, opérations sophistiquées
: la médecine classique a triomphé, jusqu’à
ce que l’épidémie de sida ne vienne remettre en questions
le savoir scientifique, et le scandale de la transfusion sanguine, prouver
que des médecins pouvaient aussi semer la mort. Dans ce paysage,
la médecine allopathique (1) prend la mesure de ses incertitudes,
de ses doutes, réalise qu’elle ne possède pas toutes
les réponses, mais continue le plus souvent à considérer
les médecines dites douces comme une vaste foutaise. Celles-ci,
discrètes, résistent au discrédit et attirent de
plus en plus de gens préoccupés de leur bien-être.
S’y ajoutent nos inquiétudes à l’égard
d’une médecine allopathique qui nous confronte souvent à
des diagnostics contradictoires. Bref, la médecine toute-puissante
a vécu.
1-
C’est notre médecine conventionnelle : les médicaments
qui y sont employés produisent des effets contraires à ceux
de la maladie.
L’efficacité reconnue
Aujourd’hui pourtant, la cohabitation entre médecines ennemies
amorce une certaine réconciliation. Jean-Marc Benhaiem, qui pratique
l’hypnose depuis vingt ans, avoue qu’à ses débuts,
il « cachait » sa pratique. A l’heure actuelle, il travaille
très officiellement dans le service de prise en charge de la douleur
à l’hôpital Ambroise-Paré, à Paris. «
De nombreux patrons de service regardent encore d’un mauvais œil
ce genre d’intervention mais, simultanément, certains chefs
de service commencent à reconnaître l’efficacité
de l’hypnose ; un pneumologue m’a même dit récemment
que, selon lui, pour arrêter de fumer, il n’y avait que ça
qui marchait. »
Dans
ce climat de dégel, plusieurs établissements hospitaliers
en France, comme l’hôpital Cochin ou l’institut Gustave-Roussy,
intègrent des consultations de médecines parallèles
– acupuncture, ostéopathie, hypnose, réflexologie
– où ces pratiques deviennent vraiment complémentaires.
Avantage de ce rapprochement ? La possibilité de valider l’efficacité
des médecines douces par des études fiables.
Une relation de confiance
Si ces médecines rencontrent davantage d’adhésion,
c’est qu’elles offrent du temps pour chaque patient et proposent
des traitements sans effets secondaires pour des symptômes ne relevant
pas d’un traitement offensif. Pierre, soigné par l’acupuncture
après une dépression nerveuse due à un surmenage
professionnel, confirme : « A chaque séance, je passe beaucoup
de temps à décrire mon problème ; puis il y a la
pose des aiguilles, parfois longue, qui repose sur une relation de confiance
; enfin, l’acupuncteur me soulage en douceur. Mais la découverte
de l’acupuncture a changé bien plus de choses dans mon existence.
Je me suis documenté et imprégné de cette culture
de la médecine douce, ce qui m’a fait énormément
de bien sur tous les plans. Mon hygiène de vie a changé.
» Notre préoccupation actuelle de bien-être s’accorde
avec le champ d’action des médecines complémentaires.
Les troubles fonctionnels, de plus en plus fréquents – stress,
fatigue, angoisses, colites, migraines – sont souvent mieux pris
en charge par ces médecines que par l’artillerie médicamenteuse
lourde et ses éventuels effets secondaires. De plus en plus nombreux,
des parents ont recours à l’homéopathie pour traiter
les affections mineures de leurs enfants afin d’éviter la
surenchère d’antibiotiques.
On
traite le terrain et, justement, la notion de terrain se confirme sur
le plan scientifique ; les découvertes de ces vingt dernières
années sur le système immunitaire (les groupes tissulaires
HLA) prouvent que chacun a un capital génétique particulier
qui peut faire le lit de certaines affections. En soignant ce terrain
– et c’est le propos des médecines parallèles
– on peut, peut-être, éviter certaines maladies.
L’effet placebo
Notre préoccupation actuelle : trouver un équilibre de base,
physique autant que psychique. La dimension psychosomatique de nos maux
est davantage mise en lumière, même si, comme le déplore
Jean-Benjamin Stora, responsable d’une consultation de psychosomatique
à la Pitié-Salpêtrière, à Paris, nous
sommes encore trop souvent réticents à nous reconnaître
une maladie de l’âme, « plus culpabilisante qu’une
défaillance organique ».
Il
faut reconnaître que l’engouement actuel pour les médecines
différentes découle aussi du fait qu’elles marchent
parce que nous y croyons et avons envie d’y croire. Quel
que soit le type de médecine, l’effet placebo fonctionne
: dans 30 à 50 % des cas, le simple fait de penser que le traitement
est efficace le rend efficient. Cela n’exclut pas l’action
spécifique des médecines complémentaires, mais plaide
en faveur de soins conformes aux attentes de l’individu. Loin de
nous, dans le dossier qui suit, le désir de vanter une médecine
plutôt qu’une autre. Nous avons simplement voulu exposer l’importance
des choix offerts et l’intérêt du large éventail
de pratiques thérapeutiques aujourd’hui disponibles. Nous
devons y exercer notre esprit critique, en particulier – et c’est
ce qui conclue notre dossier – en se gardant des pratiques dangereuses.
CAPITAL SANTE : Mobiliser ses propres ressources
Manger équilibré, faire de l’exercice, pratiquer la
relaxation, cesser de fumer, diminuer sa consommation d’alcool sont,
on le sait, les meilleurs moyens de gérer durablement et efficacement
son capital santé. Si la consigne n’a en soi rien de révolutionnaire,
les dernières études scientifiques, menées pendant
cinq ans par des chercheurs américains, nous révèlent
en revanche qu’il suffit d’introduire de petits changements
dans nos mauvaises habitudes pour obtenir des résultats aussi rapides
que spectaculaires. L’explication ? Le formidable pouvoir de régénération
de notre organisme.
Deux
exemples révélateurs : lorsque l’on s’arrête
de fumer, le taux de monoxyde de carbone dans l’organisme chute
rapidement. Cinq ans plus tard, le risque d’une attaque est quasi
équivalent à celui d’une personne qui n’a jamais
fumé. Même résultat pour une femme de 40 ans qui commence
à pratiquer la marche une demi-heure par jour. Le risque d’une
attaque cardiaque est alors comparable à celui d’une femme
qui a fait du sport toute sa vie. A bon entendeur…
(Flavia Accorsi)
Source
: “Time” du 5 février 2001.
Isabelle Maury avec Anne-Laure Gannac
mars 2001
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