Tout
d'abord, bonjour à tous.
2005
sera je pense une année marquante pour moi. En
effet, je peux depuis peu mettre un mot sur ce mal qui
me ronge, et qui nous ronge tous. Je suis émétophobe.
Ce mot résonne dans ma tête comme une véritable
révélation, une réelle prise de
conscience d'être malade.
J'ai longtemps cherché les origines de cette
phobie. Pourquoi avoir une peur incontrôlable
de vomir ? Après tout, ce n'est rien, c'est même
quelque chose de naturel !
Je me souviens d'une expérience assez troublante
quand j'avais environ 4 ans. Ma mère, alors enceinte
de ma petite soeur, avait mangé des champignons,
qu'elle n'a pas digéré. Le bruit horrible
de son vomi m'a réveillée en pleine nuit.
Je crois que j'ai commençé à haïr
cette chose car elle avait fait du mal à ma mère.
Depuis cette expérience, les champignons ont
bien-sûr été bannis de mon assiette,
et je n'ai plus jamais dormi dans la même position
que celle que j'avais dans mon lit cette nuit là,
c'est-à-dire sur le ventre. Chaque soir, j'angoissais
que ma mère soit à nouveau malade.
Petit à petit, les angoisses devenaient moins
fréquentes, je ne m'empêchais pas de manger
et j'avais une vie sociale comme toute les petites filles
de mon âge. C'était vraiment plus la peur
de voir et d'entendre quelqu'un vomir. Je me souviens
qu'une fois à l'école, ma meilleure amie
avait vomi. C'était dégoûtant. Je
l'ai fui pendant une semaine, sans qu'elle ne comprenne
pourquoi. Même chose pour un garçon que
j'aimais bien et qui était assis à côté
de moi. Il a vomi et il y en avait partout sur mes cahiers,
ma trousse ... Je vous laisse imaginer ma réaction.
De plus, je partageais à cette époque
une chambre avec ma soeur. C'est moi qui l'avait voulu,
sa présence me rassurait, je me disais que si
je n'étais pas bien, je n'étais pas seule.
Et est arrivé ce qui devait arriver. Elle a eu
une gastro terrible. Elle a vomi toute la nuit. Et je
ne pouvais dormir nulle part ailleurs, ma mère
refusant de me faire dormir dans son lit. Cette nuit
a été un véritable traumatisme.
Depuis, et pendant un long moment, je prenais trois
Motilium par jour. Cela me rassurait. Je me disais qu'avec
ça, de toutes façons, je ne pouvais pas
vomir.
Là, cette phobie a véritablement commençé
à me hanter. Au collège, dès que
je sentais que j'avais mal au coeur, je faisais appeler
ma mère au travail. J'ai commençé
à avoir une peur panique des gastros, fuyais
toutes les personnes ayant vomi, ou ayant des nausées.
Je n'allais jamais aux toilettes du collège,
m'imaginant y trouver du vomi, ou même s'il n'y
avait rien, m'imaginant que quelqu'un y avait sûrement
vomi un jour. Je voyais bien que j'étais différente
de mes amies.
Au lycée, j'ai vécu la même chose,
sauf qu'en plus, j'avais des diarrhées très
régulières, ce qui venait se rajouter
à l'angoisse de vomir. A cette époque,
j'ai commençé à faire des rêves
horribles sur des personnes proches, qui étaient
malades et vomissaient partout, surtout sur moi. Cela
se passait la plupart du temps sur un bateau.
Puis, la fac ... La véritable descente aux enfers.
Période très déstabilisante pour
tout étudiant. J'ai commençé à
faire de grosses crises d'angoisse tous les soirs, je
redoutais le moment d'aller dormir, j'avais peur de
me réveiller en pleine nuit et d'avoir envie
de vomir. Du coup, je dormais très peu et très
mal, j'étais pâle toute la journée,
aucune énérgie, je ne mangeais pas le
midi, très peu le soir, et rebelotte la nuit.
De plus, il y a une fille à la fac qui fais des
crises de tétanie, elle tremble, elle a des horribles
convulsions, elle fait des malaises, elle respire très
mal, elle se plaint de maux de ventre atroces. C'est
très choquant de voir ça, même pour
des personnes qui ne sont pas aussi fragiles que moi.
Bref, " à cause d'elle ", la fac est
devenu un lieu que je redoute, car elle symbolise pour
moi ces crises. Dès que je sens qu'elle ne va
pas bien, je prends mes affaires et je m'en vais, plus
pâle encore qu'elle, je tremble. Le risque était
que je n'y aille plus du tout. Je me suis alors quand
même forçée à y aller, sachant
très bien que sinon je ne m'en sortirais pas.
J'ai finalement eu mes partiels de droit avec mention
bien, comme quoi j'ai fait le bon choix de persister.
J'attends la rentrée du 2ème semestre
avec beaucoup d'appréhension. Sera-t-elle toujours
là ? Ou aura-t-elle abandonné ?
Ces derniers temps, j'ai perdu près de 5 kilos.
Je n'ose plus manger, ayant peur de ne pas digérer.
Ma mère commence à s'inquiéter
pour moi. Elle pense que je me suis mis dans la tête
de faire un régime ! Si elle savait. Elle me
croit anorexique. Pourtant je ne peux pas lui dire la
vérité. Ma mère est quelqu'un de
fort par rapport à ça, elle ne comprendrait
pas, et penserait que je fais du cinéma. J'ai
un ami depuis 3 ans maintenant. Nous projetons de nous
mettre ensemble en appart l'année prochaine.
Je crois qu'il va falloir que je lui en parle, car il
sera confronté à mes crises d'angoisse.
Je pense qu'il s'en doute déjà.
Ma vie est aujourd'hui un véritable calvaire.
J'ai 18 ans et je ne sors pratiquement pas. Je ne bois
évidemment pas, je ne vais pas à des fêtes
où des personnes sont susceptibles de trop boire
et de vomir. J'ai peur de l'avenir. Peur d'avoir des
enfants, peur d'avoir un cancer et d'être obligée
de faire une chimiothérapie, peur de voyager
( bateau, avion, voiture si je suis derrière
... ). Les nausées psychologiques ne me quittent
pas de la journée. Et la nuit, j'ai toujours
un cachet de Motilium et une bouteille d'eau sur ma
table de nuit.
Moi qui pensait être seule, être folle,
je sais maintenant grâce à ce site que
beaucoup de personnes sont dans mon cas. Et quelque
part, ça soulage. Cette phobie n'est pas vivable.
Je veux tout faire pour m'en sortir. J'ai pris rdv chez
un psychothérapeute hier, et ce site est un véritable
soutien moral. Une seule question : pourquoi ne l'ai-je
pas fait plus tôt ? Pourquoi attendre 14 ans ?
Maintenant, je le sais, 2005 est l'année de la
victoire, il faut y croire. Tout le monde est capable
de s'en sortir. Tout le monde a le droit à une
véritable renaissance. Je veux que ma vie redevienne
normale, ou plutôt qu'elle le devienne, car elle
ne l'a jamais été.
Lison.