Je
voudrais vous dire le bien que cela m'a fait de découvrir
que je ne suis pas un cas unique, que d'autres vivent
le calvaire que j'ai vécu à peu près
pendant dix ans. J'ai enfin réussi à mettre
un nom sur les problèmes tellement étranges
que j'ai vécus, en me heurtant toujours à
l'incompréhension des autres, ce qui fait que
je me demandais toujours de quelle bizarre et monstrueuse
maladie j'étais atteinte !
A
présent, je suis « en rémission
» depuis bientôt vingt ans. C'est-à-dire
que je ne suis plus obsédée et comme mes
angoisses ont disparu, mes nausées ont disparu
aussi. Je n'ai pas suivi de psychothérapie, ni
de traitement spécial. Il m'a suffi de rencontrer
mon mari, de devenir mère de deux enfants. Je
ne suis pas guérie, je ne le serai jamais totalement.
Si
j'assume parfaitement les vomissements de mes enfants,
par contre, en cas de gastro-entérite, je cesse
de manger le soir pendant une semaine pour ne pas risquer
d'être surprise dans mon sommeil. Je suis toujours
angoissée par la promiscuité, les milieux
clos et au cinéma ou au concert, je m'arrange
toujours pour être en bout de rangée afin
de pouvoir sortir rapidement si besoin est. J'ai toujours
du motilium et de l'itinérol sur moi. Autrefois,
je ne me déplaçais jamais sans mes pastilles
de menthe et alcool du même nom et j'étais
terriblement angoissée à l'idée
de manger ou dormir chez les autres ( pourrai-je allumer,
me lever la nuit en cas de malaise ? ).
J'ai
aussi été à la limite de l'anorexie
et, comme pour la plupart d'entre vous, éviter
de manger pour ne pas grossir me paraissait un minuscule
problème en comparaison avec le mien. Combien
j'aurais préféré avoir des kilos
en trop et cette angoisse en moins ! Moi aussi j'ai
pensé « plutôt mourir » et
j'aurais mille fois préféré me
casser les bras et les jambes.
Ma
peur panique provoquait des nausées et mes nausées
me provoquaient des peurs paniques. Je n'arrivais pas
à casser ce cercle vicieux. Les médicaments
habituels ne me soulageaient que momentanément.
J'avais inventé des jeux de gymnastique mentale
au moment de m'endormir ( le pire moment ), je me concentrais
aussi sur une autre partie de mon corps, par exemple,
je m'arrangeais pour me faire des crampes ou des fourmis
dans les membres. J'aimais avoir mal ailleurs parce
que c'était une douleur normale et agréable
tant qu'elle n'était pas liée à
des maux d'estomac, des vertiges ou des nausées.
Je
ne vais pas vous faire l'historique de ma phobie, peut-être
une autre fois. Mais je crois savoir les origines de
ce mal.
A
présent, je ne pense pas perpétuellement
à ma peur comme c'était le cas avant,
et je ne m'angoisse plus qu'en situation réelle.
Je supporte de voir vomir même si je trouve cela
très désagréable. Je n'ai jamais
vomi depuis l'âge de 12 ans, même durant
mes grossesses. En fait, j'ai très peu vomi dans
ma vie, ce qui fait que cet événement
n'a jamais été banal.
Je
souhaite bon courage à ceux qui vivent ce calvaire
et je voudrais leur dire qu'on s'en sort relativement
bien. Enfin j'ai pu mettre un nom sur ce mal qui a été
mon compagnon quotidien pendant si longtemps ...
Merci
de tous vos témoignages.
PS
: Dans le roman de Joy Fielding " Ne me racontez
pas d'histoires ", l'héroïne est atteinte
du même mal. Je vous conseille de le lire, d'autant
plus qu'il finit bien !
Mon
émétophobie aigue s'est arrêtée
le jour où l'homme que j'aimais m'a quittée.
J'ai tellement souffert de cet abandon que j'en ai oublié
de m'angoisser de vomir et j'ai cessé d'y penser
...
Rosalie