Bonjour
à tous,
je m'appelle Adrien ; j'ai 20ans et je suis en prépa
HEC ( deuxiéme année ) à Lille.
Je
viens de lire les 7 témoignages qui me précèdent
; certains se recoupent , d'autres moins ; en tous cas,
ils sont tous enrichissants car ils montrent à
quel point la maladie peut nous toucher.
Perso,
il m'est difficile de donner un point de départ
à mon émétophobie : je crois en
avoir souffert progressivement dés l'âge
de 7 ans environ ; certes, il y a une cause mais à
ce jour je l'ignore encore et je compte sur mon premier
rendez-vous avec un psychiatre ,dans une semaine, pour
commencer à creuser tout ça.
Pour
ne pas retarder certains lecteurs qui voudraient se
reconnaître en moi, je le précise de suite
: je suis un éméto social ( peur de vomir
en public ), donc je ne peux pas comprendre réellement
ceux qui souffrent de l'éméto pure.
Commençons
l'histoire : mes premières phobies étaient
moins sociales qu'aujourd'hui. Je devais avoir environ
7 ans donc et c'était en me couchant le soir
que des angoisses arrivaient ( je tiens tout de suite
à modérer ce terme car les degrés
d'angoisse sont divers ; considérez donc ici
une angoisse de " débutant ", quelque
part " douce " ) : ce qui trottait dans mon
petit cerveau était " surtout ne vomis pas
, les parents vont se réveiller, te demander
ce qu'il se passe, pourquoi tu as vomi et puis ça
va se répéter le lendemain ; l'engrenage
sera terrible et ils te verront comme anorexique etc
etc ... " . Petit, je ne pouvais pas dormir dans
le noir et si c'était le cas, je vomissais (
on y pense puis progressivement on tremble, on a un
peu froid, on salive de plus en plus, des bulles d'air
se forment dans l'estomac et puis ce qui arrive .. arrive).
Ceci dit, cette peur de vomir le soir était quotidienne
( de 7 à 15 ans environ , avec je pense deux
ans sans rien entre deux, et des degrés divers
chaque année ) mais je ne vomissais réellement
" que " 2 à 3 fois par semaine. Ici,
me direz-vous, on constate deux choses :
- la peur du regard des parents
- la peur de mincir ( j'ai toujours été
mince et rien que d'entendre la famille dire "
il faut que tu grossisses " me mettait la pression,
ce qui est d'ailleurs toujours d'actualité )
Donc
déjà plus jeune, aller dormir chez quelqu'un
que je connaissais peu ( comprendre ici > vite trouver
des toilettes si les vomissements me viennent, et que
les autres ne se rendent pas compte que j'y vais pour
vomir ), était difficile. Remarquez également
que c'était surtout l'idée de dormir dans
le noir qui m'effrayait ; les repas ou activités
dans la journée ne constituaient en rien un probléme
et je n'y pensais même pas !
Une
deuxiéme étape est celle dés 17
ans je dirais. Notez que dès la phobie du noir
passée ( vers 14-15 ans ), il y a eu deux ans
sans problèmes.
Bref,
à 17 ans je casse avec ma petite amie ( rien
de trés serieux ) et si je le dis , c'est que
ce fut la dernière avec qui l'éméto
n'existait pas ( trop ).
Vers 17 ans, les soirées se multiplièrent.
En fait, je pratique le hockey sur gazon depuis tout
petit et l'ambiance, c'est très concours de bières
( je rappelle que j'habite dans le nord ) jusqu'à
être plein ( et vomir, ça fait rire tout
le monde ) . Au début, j'assurais pas mal dans
la discipline. Aujourd'hui, une seule gorgée
de bière me fait peur ( sauf si je suis seul
ou prés des toilettes qui sont l'échappatoir
par excellence pour tous les émétos sociaux
). Bref, de 17 à 18 ans, je pense que l'éméto
se cachait en douce ...
Après
mon bac ( il y a presque deux ans maintenant ), je suis
parti sur Lille pour rentrer dans ma prépa actuelle.
Depuis, tout s'est accéléré. Quand
je suis arrivé ( mais ça, ce n'est pas
nouveau chez moi ), j'appréhendais beaucoup de
rencontrer que des personnes que je ne connaissais pas.
Ceci dit , je suis pas du tout timide ( j'ai pas interêt
en écoles de commerce d'ailleurs ! ). Mais à
la cantine le midi, j'avais du mal à manger et
à parler, surtout avec des filles ( au fait ,
c'est important : durant la fin de ma première
et tout au long de ma terminale, je suis tombé
fou amoureux de ma meilleure amie ; ca n'a jamais marché
et j'en ai réellement bien bavé ... tout
ça pour dire qu'en arrivant en prépa,
l'assurance vis-à- vis des filles était
OUT ). Bref, je ne pouvais pas sortir avec ces nouveaux
amis dans les bars et discothèques car il fallait
bien evidemment qu'ils aient une bonne première
image de moi et vomir devant eux étaient horrible.
Que
dire à ce jour ? Et bien j'évite les sorties
ou alors je les négocie ( ok pour un ciné
mais a 19 heures ... pourquoi ? Car à 19 heures,
j'aurai l'estomac vide et que rien ne pourra m'arriver.)
Les restos en famille ou entre amis m'effraient ( ajoutez
les éternelles remarques sur ma minceur de la
part de la famille ), et je ne peux plus sortir avec
une fille. ( par contre, je retrouve toute ma tchatch'
dès que j'ai l'estomac vide ou semi-vide, mais
je peux pas m'engager dans une longue relation ). Concernant
la nourriture : j'essaye un maximum de m'isoler pour
faire des bons repas bien gras pour gagner en poids
si je venais à devoir en perdre par la suite
( trés mauvais calcul, j'en suis conscient ...
)
Bon
allez, un petit point positif pour finir : j'ai , au
bout de 13 ans, tapé enfin sur le net des mots-clés
concernant les vomissements et je suis tombé
sur ce site." je ne suis donc pas seul à
être malade de cette cochonerie ? " ai-je
pensé alors .... Ca fait bizarre sérieusement
de ne plus être seul !!
Adrien.