Je
vais essayer de décrire du mieux que je peux
mon rapport à la phobie. Mais ce n’est
pas évident, je vais faire ce que je peux.
Bon
alors voilà, je n’ai pas de problème
quand je suis seul ( ou avec des personnes avec qui
je suis en confiance comme ma famille ou des amis
très proches ) ou presque. Pourquoi presque
? Parce que même si je ne suis pas un émétophobe
pur, je suis tout de même plus sensible au vomi
que la plupart des gens. A la maison, extrêmement
rares sont les nausées psy. Il m’arrive
cependant d’en avoir mais elles passent en général
assez vite. Si elles ont un peu de mal à disparaître,
je me couche un moment sans penser gerbi et je me
calme pour que ça passe. Par contre il est
des situations où même chez moi, je ressens
ma différence. C’est dans les cas où
je vis une situation propice à la gerbe. C'est-à-dire
une sensation réelle d’envie de vomir
que quelqu’un de normal pourrait ressentir.
Chez moi, cette sensation est amplifiée jusqu’à
pouvoir me faire vomir alors qu’une personne
normale pourrait résister. A la différence
d’un émétophobe classique, c’est
que je ne cherche pas trop à résister
( même si j’en ai super pas envie du tout
). Je résiste mais pas aussi fort que les émétophobes
purs pourraient le faire car je connais bien la sensation
de vomir. Et pour moi, du moment que c’est en
privé, ce n’est pas encore la fin du
monde. Néanmoins, je dois avouer que ma peur
de vomir à la maison a un peu augmenté.
Ce n’est pas le fait de vomir qui me fait plus
peur qu’avant mais en fait ça serait
pour moi comme une expérience qui pourrait
me fragiliser lors de mes futurs affrontements face
aux crises. J’ai peur de me sentir plus fragile
en me rappelant avoir vomi.
Pour
ce qui est de ma peur en public, je veux d’abord
dire que je ne suis sûrement pas le cas le plus
grave et qu’il faut donc prendre ma description
avec précaution car il y aura des cas plus
aigus que moi. Par exemple, les lieux publics en général
ne me font pas peur. Un endroit bondé a extrêmement
peu de chances de me provoquer une crise. Surtout
si je suis à l’extérieur, l’air
frais aidant. Cependant, ce n’est pas le cas
quand je me sens « coincé » comme
dans un train ( pour le train je n’ai plus de
problème mais c’est à force de
le prendre ), un car, un avion, une salle de cinéma,
une salle de spectacle, un pub, une discothèque
…
Vous le comprendrez aisément pour l’avion
ou la salle de cinéma mais peut-être
vous poserez-vous des questions pour des endroits
comme le pub ou la discothèque. En fait, on
est moins physiquement coincé dans la discothèque
( bien que le monde autour puisse jouer le rôle
de « coinceur » en empêchant par
exemple un accès rapide aux toilettes et créer
des crises ). Mais on est souvent accompagné
et on ne peut partir par simple amitié ( en
gros pour ne pas passer pour un gros lourd qui se
barre trop tôt ) ou encore parce que ce sont
les autres qui nous transportent.
Ensuite, il y a les rencontres ou rendez-vous. Un
rendez-vous dans une agence comme une banque ou une
assurance ne me dérange pas du tout. Je vais
peut-être un peu m’inquiéter avant
d’entrer dans le bureau mais une fois à
l’intérieur, tout passera car je serai
occupé, et que mon occupation sera plus importante
qu’une si petite crainte. Et de toute façon,
on pourrait comprendre que je sorte en prétextant
ne pas me sentir bien. Ca peut arriver à tout
le monde donc … Cependant certains lieux sont
plus délicats comme le salon de coiffure car
une fois les cheveux humidifiés, je suis un
peu coincé. Ou encore tout simplement parce
que le fait d’avoir les cheveux humides me fait
craindre de me sentir mal. C’est d’ailleurs
un peu comme la plage dans ce dernier cas, où
je crains que l’eau froide puisse me donner
envie de vomir. J'ai d'ailleurs vomi sur une plage
une fois après avoir nagé.
Ensuite
viennent les lieux où je suis au devant de
la scène comme une soutenance orale pour un
projet ou un entretien d’embauche car on est
là pour me juger. La c’est vraiment terrible.
Les moments où il s’agit de s’intégrer
aussi comme les premiers jours d’un emploi.
Et où justement ma phobie et donc mes crises
m’empêchent de m’intégrer.
Puis
vient pour moi en dernière position, la plus
ardue, celle de la rencontre féminine. A priori,
d’après ce que j’ai pu voir des
autres émétophobes que nous avons jusqu’ici
qualifiés de « sociaux », cela
ne pose pas trop de problèmes. Cela génère
un stress et donc des crises mais ce n’est pas
extrêmement fort. Cela est dû au fait,
je pense, qu’ils ont une bien meilleure expérience
que la mienne et se sentent donc plus en confiance.
Il se peut donc qu’un autre émétophobe
n’ayant quasiment aucune expérience comme
moi ressente le même malaise. D’ailleurs
les seules émétophobes « sociaux
» que je connaisse sont des filles ou femmes.
Pour un homme, je suppose que ce doit être plus
handicapant car il est « normalement »
( je tempère mes mots car nous sommes tout
de même en 2004 ) celui qui doit le premier
s’engager, se lancer, « avouer »
son intérêt ( toujours dans le cas d’inexpérience
).
Avant
d’essayer de décrire une crise, il faut
que j’ajoute que je crains aussi de rencontrer
d'autres émétophobes. Il ne s’agit
pas ici de jugement que l’on va émettre
sur moi. J’ai ici des crises car je sais que
la pire chose que je puisse leur faire est de vomir
... d’où les crises.
Il
est très difficile
de décrire les sensations lors d’une
crise. Néanmoins, je vais essayer du mieux
que je peux. Je vais essayer de me remettre dans la
situation d’une de mes dernières crises
pour vous le décrire mais ça ne restera
qu’une image à moins qu’il s’agisse
du même type de crise qu’un émétophobe
normal puisse ressentir. Prenons l’exemple d’une
première journée de travail qui commencerait,
cela va de soi, un matin. Le matin, je me réveillerais
déjà angoissé, le cœur battant
plus vite que la normale. Attention, cet état
n’est pas dû au stress que ressentirait
n’importe qui dans une pareille situation. Ici,
c’est en fait mon angoisse à l’idée
de pouvoir vomir durant cette matinée qui me
taraude car je n’ai pas réellement peur
de ce que je vais devoir faire durant cette première
journée. Plus le temps passe et plus je stresse
( toujours par rapport à la peur de vomir ),
je ne parviens presque pas à déjeuner
mais quoiqu’il en soit, je me force au moins
à avaler un verre de jus de fruits pour ne
pas avoir l’estomac vide et avoir du sucre en
réserve car je vais en avoir besoin. J’ai
mal à l’estomac, je vais en diarrhée,
j’avale ma salive ce qui assèche ma gorge
et augmente ma peur de vomir. Je me gave de bonbons
à la menthe pour essayer de faire passer ce
mal de gorge et d’estomac à avaler ma
salive mais ça ne me soulage qu’un temps,
voire ça empire l’assèchement.
Une fois au travail, c’est la tête qui
s’ajoute, la fameuse nausée psy. Une
sensation d’être dans un autre monde,
une bulle voilée, je ne me sens plus dans mon
état normal. Mais il faut que je paraisse normal.
C’est ce que je m’efforce de faire. Pour
cela, je tire donc sur mes réserves, sur toute
ma résistance, je sens certains décrochages.
Je m’affaiblis, ce que j’ai avalé
le matin ne suffit plus. Mon cœur s’affole,
j’ai l’impression que je perds toutes
mes forces et que de ce fait je vais soit vomir soit
m’évanouir ( pensée qui me donne
encore plus envie de vomir ). J’ai du mal, voire
je ne parviens pas du tout à me concentrer.
Je préfère d’ailleurs utiliser
le moins possible mon cerveau. Et je tremble fort.
Une fois la crise passée ( la journée
est passée ), je me sens vidé, épuisé
et surtout bien seul. J’ai alors peur pour la
journée du lendemain et je me demande bien
comment je vais réussir à affronter
une deuxième journée.
Ce
que ça engendre au quotidien ?
Cela amène à craindre beaucoup de choses
où se trouveront des personnes que je ne connais
pas. Il y a souvent bien plus de peurs que de crises
mais toutes les choses de la vie deviennent difficiles
car sujettes à risque de crises. D’après
ce que vous avez pu lire précédemment,
vous pouvez logiquement penser que mes crises sont
très rares. Ce n’est pas faux mais ce
n’est pas vrai non plus. J’ai plus de
crises qu’il n’y parait. D’ailleurs
c’est ce qui m’amène à faire
quelques précisons sur moi. Je suis timide
d’accord mais pas un timide maladif. Je l’étais
étant plus jeune mais ça s’est
très fortement estompé à force
de travail. Aujourd’hui je suis plutôt
à l’aise en société. Excepté
en cas de crise. En fait, je ne souffre pas réellement
de phobie sociale. Ce n’est pas ma timidité
( qui je le répète est bien moins forte
aujourd’hui ) qui me conduit à faire
des crises. Ce sont mes crises qui ont remplacé
ma timidité. Je suis beaucoup moins timide
que mon frère par exemple qui lui n’a
aucune phobie sociale. Moi j’ai en fait transformée
cette peur d’autrui en émétophobie.
Mais en véritable émétophobie.
Car malgré ce que j’ai pu décrire,
il ne s’agit pas que du regard des autres. Tout
d’abord je le vois quand je fais des minis crises
d’émétophobe normal. Et puis il
y a des situations où je me sens très
à l’aise avec les autres, où je
me sens bien entouré et pas mal jugé
mais où j’ai tout de même peur
de vomir. Cela a rapport avec le fait que leur regard
voit mon vomi, mais le fait qu’ils me voient,
moi, tel que je suis, ne m’embête pas.
Ce n’est pas très clair je vous l’accorde.
Alors je vais essayer de vous donner trois exemples
concrets.
Un an après être devenu émétophobe,
j’ai eu à passer des concours. Le fait
d’être dans une salle où il y avait
un tas d’autres étudiants me faisait
très légèrement peur. Parce que
l’enjeu était important, c’était
même plutôt un stress logique dû
à l’examen. Mais cette situation, je
l’ai vécu des centaines de fois. Ayant
été en prépa, j’ai eu des
examens très compliqués toutes les semaines
et même des examens oraux deux heures par semaines
qui pourtant ne m’ont presque jamais créé
de crises ou alors très faibles. Et pourtant
un matin de je ne sais plus quel jour de concours
( les autres jours s’étaient bien passés
), j’ai vu un chat se faire écraser.
Ca m’a fait me sentir mal et puis après
tout s’est enchaîné, j’ai
commencer à avoir une crise psy et j’ai
perdu 1h30 sur les quatre heures de travail ( et en
plus c’était pour l’épreuve
de maths ). Alors qu’en temps normal j’aurai
été décontracté une fois
l’examen commencé.
Un
autre exemple, j’ai travaillé à
Carrefour avec des gens extrêmement sympathiques
qui m’ont mis en confiance très rapidement.
Tout s’est très bien déroulé
mon premier jour jusqu’à ce que je commence
à ressentir de la fatigue. Et là j’ai
commencé à criser. Et malgré
que je me sentais très bien avec ces gens,
il m’a été impossible de ne pas
criser. J’ai même eu une crise un mois
et demi plus tard alors que mes collègues étaient
devenus de bonnes connaissances avec qui je pouvais
rire.
Enfin,
si nous prenons le cas d’une rencontre avec
une fille, je vais me sentir mal à l’aise.
Mais ce sera uniquement ( si on ne compte pas le stress
légitime que tout le monde ressent ) à
cause de l’émétophobie. Par exemple,
j’ai des problèmes de peau sur le visage,
ça va me mettre un peu mal à l’aise
mais à la rigueur je m’en fous. Pour
moi, si elle n’est pas contente de me voir tel
que je suis, elle peut se barrer. C’est clair
que ça me ferait de la peine mais je n’en
ferais pas un drame et c’est elle que je trouverais
stupide. Pourtant je me sentirais tellement honteux
si je vomissais. Je n’ose même pas envisager
la situation en réalité ( ici, en imagination,
ça va mais ça me parait vraiment fou
en réalité ).
Je
sais que sur la ML, on me croit extrêmement
timide, quelqu’un qui n’ose pas parler
lors de réunions, quelqu’un qui se met
en retrait si ce n’est derrière ce clavier.
Cependant je ne suis pas comme ça. Je suis
au contraire très communicatif en réalité.
Seules mes crises peuvent me faire apparaître
tel quel dans la vraie vie ( sauf quand j’ai
des problèmes qui me font déprimer et
où alors je n’ai pas trop envie de communiquer
). Une fois que tout va bien, je n’ai pas l’air
du tout timide. Je ne suis pas avenant mais je ne
parais pas très timide. On voit que je ne suis
pas au premier plan mais on ne m’accorderait
pas une phobie sociale.
Suis-je
émétophobe, je le crois. Car beaucoup
de choses tournent autour de cette peur de vomir.
Mais je ne le suis pas complètement. Chez moi,
ou dans des situations qui me sont habituelles, ça
va. Si j’avais plus confiance en moi, je n’aurai
pas de phobie sociale. Si j’étais plus
beau et moins sensible alors je crois que je ne serais
pas tombé dans l’émétophobie
et que j’aurai réussi à mieux
m’en sortir car les choses auraient été
plus faciles. Mais ce n’est pas le cas. J’ai
une phobie sociale.
J’ai
beaucoup réfléchi à ce qu’était
mon mal. Et j’y ai vu deux faces. D’un
côté, le côté social de
la chose et de l’autre les comportements communs
avec les autres émétophobes. Je me suis
alors demandé si je pouvais m’être
trompé de mal. Malheureusement il me semble
que seuls les autres émétophobes comprennent
ce que je ressens et ont le même comportement
que moi. D’ailleurs, il y a un lien très
fort puisque certains comme Sidonie ou Bélissante,
semblent d’après leurs dires passer d’une
émétophobie pure vers quelque chose
de plus social. Je crains qu’il n’y ait
pas de nom pour définir mon problème
alors que j’ai besoin d’en mettre un.
L’émétophobie pure n’est
pas la mienne mais elles sont parentes. Je crois même
que l’on peut passer de l’une à
l’autre. Après y avoir donc réfléchi,
je crois que l’expression « émétophobie
sociale » que Vahina a si justement inventé
correspond tout à fait à une représentation
de mon problème. Si l’émétophobie
sociale diffère de l’émétophobie
c’est justement parce qu’elle porte cet
adjectif de sociale. Elle n’est pas l’émétophobie
mais l’est quand même. Sous une autre
forme. Je pense donc qu’il convient d’encore
utiliser ce terme.
Manu